Prédication du jour de Noël, « L’Inouï de Noël… un joyeux flashmob divin »

 L’Inouï de Noël… un joyeux flashmob divin », par Laurent Jordan, pasteur

Chères amies et amis en Christ, vous connaissez probablement les flashs Mobs ? Ce sont des rassemblements imprévisibles et étonnants. Au début quand nous ne sommes pas dans le coup, nous ne comprenons pas très bien ce qui se passe ! Cela m’est arrivé dans un grand magasin que je ne nommerai pas ! Bien que j’aie été au courant d’un rassemblement inaccoutumé pour chanter Noël dans ce grand magasin, je me suis tout de même joyeusement fait surprendre et émouvoir ! 

 

Les flashs mobs sont des rassemblements de gens plutôt cools dans un lieu public très fréquenté pour y effectuer des actions originales : Un orchestre symphonique qui surgit de nulle part et qui joue la 9ème de Beethoven, n’est-ce pas exceptionnel ! Une chorégraphie musicale avec des centaines danseurs lesquels, arrivent imprévisiblement - nous ne savons pas d’où – et nous entraine dans la danse !  Des chanteurs, chanteuses transformant l’espace public en une scène d’opéra, c’est surprenant ! Ou plus comique aussi : Une bataille de polochons dans une gare ,au grand étonnement des gens de passage stupéfaits de l’événement.

 

Eh bien je vous le dis,  l’Evangile de Luc rapporte dans son langage imagé que la nuit de Noël, les bergers ont vécu un étonnant flash mob divin. Ils ont vu le ciel s’ouvrir, des anges qui parlent et qui chantent. 

 

Flashmob divin, oui, si ce n’est que sa manifestation est relatée non pas en ville mais dans les campagnes. De sorte que les anges-messagers avaient peu de chance d’être applaudis ! Encore moins par des bergers apeurés !

Avec ce flashmob divin, Le récit de Noël nous fait entrer dans l’étonnement, et même dans l’inouï !

 

Certes le récit de ce flashmob divin dans l’Évangile de Luc est riche en symboles . Mais avec quels autres mots, quel langage que celui des évangiles traduire le mystère inouï de Noël ?

 

Comment mettre à notre portée ce qu’on appelle pompeusement le mystère de l’incarnation : Dieu fait homme ? 

 

Comment transmettre le noyau essentiel et inouï de notre foi et de notre salut :  À savoir qu’il y a un Dieu dans les univers, que ce Dieu nous aime au point d’entrer dans notre écorce humaine, de prendre le nom d’Emmanuel pour nous rejoindre, être Dieu avec nous et nous pas contre nous ?

 

Cela dit, aujourd’hui, l’Inouï de Noël a mauvaise presse. L’inouï de Noël est rabaissé à de  « l’entendu » du tellement « entendu » que certain en ont plein les oreilles de Noël. 

 

L’inouï est rabaissé à du  « malentendu », par exemple au fameux « esprit doucereux de Noël » employé à tort et à travers, imprégnant les séries américaines et parfois aussi nos sentiments.  L’inouï se ternit aussi lorsque nous projetons sur cet enfant vulnérable dans sa crèche et qui est le Vivant venu habité notre humanité et nos impuissances tout de ce qui va mal tel un bouc émissaire. L’inouï de Noël ,  non pas rabaissé mais abaissé jusqu’à nous a souvent bon dos ! En vérité, l’Inouï, la nouveauté, le changement c’est que désormais grâce à cet enfant vulnérable « la fragilité est un chemin vers Dieu »[1] !

 

Dieu lui-même s'est fait humble et vulnérable pour se rapprocher de nous »[2] voici ce qui est inouï !

 

« Dieu prend le risque de la chair, écrit Marie Laure Dénès[3]voici ce qui est inouï : Dieu se confie à la fragilité de la chair…c’est ainsi qu’il nous rejoint, la seule façon de nous rejoindre vraiment ». Cette proximité de Dieu dans notre fragilité, dans nos limites nous transforme en profondeur. Accepter notre vulnérabilité, nos doutes et nos peurs, permet une rencontre plus profonde avec le joyeux Flashmob divin, avec son message de paix et de bienveillance !

 

Fidèle à son humour Woody Allen a dit une parole qui illustre très bien le fait qu’aujourd’hui le Dieu inouï de Noël et de l’Evangile est devenu inaudible pour beaucoup. Woody Allen écrit : « Si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse »

 

Pour en revenir aux bergers, avant de voir de leurs propres yeux le sauveur couché dans la crèche, ils   ont eu leur part d’étonnement et même de peur devant le mystère de sa venue.

 

Dans la nuit le ciel s’est ouvert pour eux. L’espace d’un instant, l’invisible est devenu perceptible, libérant une parole angélique sensationnelle : « un sauveur est né et vous pourrez le voir » !

 

La rencontre de l’enfant et de ses parents à Bethléem viendra confirmer aux bergers l’Inouï entendu dans le ciel et qu’ils n’ont pas rêvé !

 

Sœurs et frères, y -a-t-il encore pour nous de l’Inouï dans le ciel et dans les univers ? Avons-nous l’humilité de réaliser que nous sommes loin d’en avoir fait le tour?

 

Nous avons déjà de la peine à comprendre l’univers inouï d’autrui, de la femme pour l’homme, de l’homme pour la femme, de nos proches, de nos enfants, de nos amis, de nos aînés, de ceux qui ne pensent pas comme nous ou vivent autrement, viennent d’ailleurs.

 

Certes, cette expérience d’anges, accompagnée d’un sentiment de paix et de joyeuses nouvelles, ce joyeux flashmob au matin de Noël peut nous faire sourire ! 

 

Pour ma part, j’y redécouvre une expérience magnifique de l’Inouï. La redécouverte de ce que nous ne savons plus ouïr ! Et ce sont des bergers qui nous font la leçon, des humbles capables d’entendre l’Essentiel. 

 

Tandis que nous, nous avons moins de facilité à écouter en profondeur : Stress,  fatigue, peurs du lendemain et doutes nous rendent sourd à la Parole d’Ailleurs. 

 

Libérer un espace de confiance dans nos cœurs permet d’ accueillir l’Inouï, sa crèche en nous, un espace d’attention, de disponibilité, et même d’amour pour Dieu, afin que l’Inouï soit ouï, entendu, intégré dans notre histoire, et qu’il nous mette en route vers le divin comme les bergers.

 

Quand les bergers témoignent en effet de ce qu’ils ont vu et entendu dans les champs, Marie et Joseph sont étonnés à leur tour de voir se confirmer ce qu’ils savaient déjà : l’Inouï est bien entré dans leur vie puisque d’autres en sont aussi témoins.

 

L’inouï est un enfant au destin de Sauveur qui demande leur pleine attention, leur pleine confiance, leur plein amour pour naître aussi dans la foi des humains ! 

                                                                 

Chères sœurs et frères, en conclusion, je me pose avec vous la question : Y -a-t-il encore aujourd’hui de l’Inouï pour nous dans ce récit de Noël ? 

 

Suis-je assez ouvert dans mon esprit et ma prière au souffle de Dieu pour entendre l’Inouï du récit prêché trente-huit fois depuis le début de mon ministère et pour m’en nourrir encore ce matin?

 

Y-a-t-il encore de l’Inouï dans nos vies, sœurs et frères d’Emmanuel ? Y-a-t-il encore quelque chose de beau, de grand qui nous motive, nous donne du courage, nous rende joyeux d’exister ?

 

Y-t-il encore de l’Inouï à envisager quand on est jeune et que soudain l’avenir semble compromis ou du moins semé de difficultés à surmonter ?

 

Y-a-t-il encore de l’Inouï à cultiver quand on en sait beaucoup, y compris sur la foi ? Lorsque nous avons l’impression d’avoir fait le tour des choses en fait d’amour, d’amitié, et même de vie paroissiale ?

 

Y-a-t-il encore de l’Inouï à espérer quand on est à la retraite, et lorsque nous sommes âgés, fragiles et peut-être dépendants ?

 

En ce jour de Noël, l’Evangile nous encourage à répondre oui , à consentir à l’Inouï d’Emmanuel.

 

Il y a de l’Inouï à recevoir, de l’Inouï à donner, de l’inouï à partager. 

 

Depuis l’instant où nous venons au monde, comme au moment où Christ vient naître en nous et jusqu’au jour où nous naîtrons dans l’invisible, il y aura de l’Inouï à entendre en profondeur.

 

Des instants merveilleux, même très courts où dans notre prière ou notre méditation, notre lecture, le ciel s’ouvrira et La Parole communiquera avec nous, inspirera notre chemin ! Chemin que les anges garderont et au long duquel l’Esprit nous orientera jusqu’au berceau de la vie !

 

Aimer et se le dire nous fait naître à l’inouï de Dieu.

 

Quand nous n’arrivons plus à entendre l’Inouï de l’amour dans notre existence, à nous ouvrir à d’imprévisibles joies, peut-être avons-nous à retourner aux champs avec les bergers.

 

Avec eux, prendre le temps de retrouver notre prise de terre dans le concret, le solide du sol, de notre humus, de notre humanité. Rejoindre avec les bergers notre maison intérieure, notre Bethléem. Connecter dans l’étonnement de la foi, notre prise de ciel, notre divinité inouïe, nourrie de la Parole des cieux de la même chair que nous.

 

Chères amies et amis en Christ, en laissant doucement, en silence, la paix du Seigneur soigner nos peurs, c’est certain, l’Inouï de chacune de nos vies pourra encore faire son berceau en notre humanité si souvent secouée, maltraitée et renaître en nous, réjouir notre existence.

 

En ce jour de Noël, je me réjouis avec vous de la vie inouïe qui est en nous, reçue d’un petit enfant vulnérable .

 

La Vie du Sauveur célébrée ce matin, partagée à sa table.

 

La vie des humains honorée par le ciel, dans un joyeux flashmob divin.

Amen       

 

 

Esaïe 52, 7-10  /  Luc 2, 15-20

 


 

2 Marie Laure Dénès – la fragilité, un chemin de fraternité vers Dieu – Cerf. P34

3 Idem