Prédication du 4 janvier, "Debout, Pirates, la lumière arrive!"

 

Debout, Pirates, la lumière arrive!", par Kevinm Bonzon, pasteur

 

Nous voici à la Cathédrale.
Des pirates. À la Cathédrale.
Et aujourd’hui, ce n’est pas un détail.

Avant même de parler,
avant même de chanter,
des bougies ont été allumées.
Cent soixante flammes fragiles.
Elles disent la nuit.
Elles disent la perte.
Elles disent aussi le respect et la solidarité.

Il fallait commencer là.
Il n’était pas possible de faire comme si de rien n’était.

Mais justement parce que la nuit existe,
nous refusons que ce culte s’y enferme.

Nous ne sommes pas réunis ici
pour nous enfermer dans la tristesse
ou rester figés par ce que nous portons aujourd’hui.

Nous sommes réunis
pour laisser la réalité nous réveiller,
et pour chercher ensemble
comment continuer à vivre,
debout.

Et maintenant,
il nous faut parler de nous.
De notre manière de vivre.
De notre manière d’être pirates.

La Bible de ce jour ne parle pas d’abord de mort.
Elle parle de lumière.

Ésaïe ose dire :
« Debout, resplendis, car ta lumière arrive. »

Il ne dit pas cela à un peuple tranquille.
Il le dit à un peuple marqué par l’exil,
fatigué, vulnérable,
tenté de se replier sur lui-même.

Autrement dit :
Dieu n’attend pas que tout aille bien
pour appeler à se lever.

Être pirate, au fond,
c’est déjà accepter cela :
la mer peut être belle
et dangereuse à la fois.

Un pirate digne de ce nom
ne confond pas liberté et inconscience.
Il sait que la vie est précieuse.
Il sait que chaque traversée engage
non seulement sa propre vie,
mais aussi celle des autres.

Et pourtant…
soyons honnêtes.

Nous aimons dire que nous sommes libres.
Nous aimons la convivialité,
la fête,
les verres levés,
les traditions qui rassemblent.

Mais il nous arrive aussi
de vivre fort
sans toujours vivre juste.

De parler de fraternité
sans toujours en assumer les exigences.
De nous dire pirates
sans accepter pleinement
la responsabilité que cela implique.

Et je parle de nous.
Moi compris.

C’est là que la lettre aux Éphésiens
vient nous attraper sérieusement.

Paul écrit :
« Le Christ est notre paix. »

Pas notre tranquillité.
Pas notre excuse.
Notre paix.

Une paix qui ne nous endort pas,
mais qui nous empêche de vivre n’importe comment,
et surtout n’importe comment ensemble.

Paul ajoute :
« Il a détruit le mur de séparation. »

Ce mur, pour nous,
ce n’est pas seulement celui
entre croyants et non-croyants.
C’est aussi celui
entre liberté et responsabilité.
Entre plaisir et attention aux autres.
Entre l’individu et le corps.

Car être pirate,
ce n’est jamais être seul.
C’est appartenir à un équipage.
Et un équipage ne tient
que si chacun veille sur les autres.

L’Évangile de Matthieu nous parle de mages.
Des étrangers.
Des gens qui ne connaissent pas les codes.
Des gens qui cherchent,
qui se trompent,
qui avancent quand même.

Ils marchent de nuit.
Ils prennent des risques.
Mais ils savent aussi changer de route.

Matthieu dit simplement :
« Ils repartirent par un autre chemin. »

On ne traverse pas la nuit
sans être transformé.
On ne regarde pas la fragilité de la vie
sans revoir sa manière de vivre.

Alors la vraie question aujourd’hui n’est pas :
« Comment continuer comme avant ? »

Mais :
« Qu’est-ce qui doit changer en nous ? »

Plus d’attention.
Plus de responsabilité les uns envers les autres.
Moins d’insouciance.

Plus de sobriété quand il le faut.
Plus de courage pour se dire les choses.
Plus de fidélité à ce que nous prétendons être.

Frères pirates,
si après soixante ans d’existence
nous ne sommes plus capables
de nous faire remonter les bretelles,
alors nous sommes devenus un folklore.

Mais tant que nous acceptons
d’être déplacés,
interpellés,
appelés à changer de cap,
alors nous sommes encore vivants.

L’Évangile ne nous appelle pas
à vivre plus fort.
Il nous appelle à vivre plus juste.

Alors oui, debout, pirates.

Pas parce que nous serions irréprochables.
Pas parce que nous aurions tout compris.

Mais parce que, malgré nos limites,
nous refusons de vivre à moitié.

Être pirate, ce n’est pas ignorer les risques.
C’est choisir d’être responsables les uns des autres.
C’est savoir que la liberté n’est belle
que lorsqu’elle est partagée.

Nous n’avons pas besoin de pirates parfaits.
Nous avons besoin de pirates présents,
attentifs,
capables de veiller,
capables aussi de changer de cap quand il le faut.

Les mages repartent par un autre chemin.
Pas parce qu’on leur a tout expliqué,
mais parce qu’ils ont vu une lumière
et qu’ils ont accepté de s’y ajuster.

Alors, à notre tour,
sans bruit inutile,
sans grands discours,
laissons cette lumière
faire son travail en nous.

Silence.

Nous ne savons pas tout.
Mais nous savons dans quelle direction regarder.

Amen.

 

lecture d’Ésaïe 60 : 1 à 6

Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière : la gloire du SEIGNEUR sur toi s'est levée.

Voici qu'en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le SEIGNEUR va se lever

et sa gloire, sur toi, est en vue.

Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever.

Porte tes regards sur les alentours et vois : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi, tes fils vont arriver du lointain, et tes filles sont tenues solidement sur la hanche.

Alors tu verras, tu seras rayonnante, ton cœur frémira et se dilatera, car vers toi sera détournée l'opulence des mers, la fortune des nations viendra jusqu'à toi.

Un afflux de chameaux te couvrira, de tout jeunes chameaux de Madiân et d'Eifa ; tous les gens de Saba viendront,

ils apporteront de l'or et de l'encens, et se feront les messagers des louanges du SEIGNEUR.

 

lecture d’Éphésiens 2 : 11 à 18

Souvenez-vous donc qu'autrefois, vous qui portiez le signe du paganisme dans votre chair, vous que traitaient d’« incirconcis » ceux qui se prétendent les « circoncis », à la suite d'une opération pratiquée dans la chair, souvenez-vous qu'en ce temps-là, vous étiez sans Messie, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Mais maintenant, en Jésus Christ, vous qui jadis étiez loin, vous avez été rendus proches par le sang du Christ. 
 

C'est lui, en effet, qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine. Il a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances. Il a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix : là, il a tué la haine. Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. Et c'est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l'accès auprès du Père.

 

lecture de l’évangile de Matthieu 2 : 1 à 12

Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où le Messie devait naître. « A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple. » Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l'époque à laquelle l'astre apparaissait, et les envoya à Bethléem en disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant ; et, quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j'aille lui rendre hommage. » Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. A la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie. Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.