Prédication du 15 février, "Le chrétien et la mort"

Prédication par le pasteur Jean-François Ramelet

Le chrétien et la mort #2, par Jean-François Ramelet, pasteur

À Saint-François, dans la chapelle de Billens, le visiteur se casse le nez sur le squelette d’une génisse.
Cette génisse bipède, nous renvoie à notre propre mort.

Dès notre naissance, la mort nous suit comme notre ombre.
Elle ne nous lâche pas d’une semelle.

On pense que grâce aux progrès de la médecine, on va pouvoir la semer, ou du moins la tenir à bonne distance.
Mais nous savons tous que la camarade – tôt ou tard – finira par nous rattraper.

De fait nous sommes programmés pour mourir.
Nous sommes composés de plus 35'000 milliards de cellules, dont certaines au moment même où je vous parle - meurent et se renouvellent.

Être en vie implique un processus où la mort et la vie se côtoient, s’entremêlent en permanence.

Ce qui nous différencie de l’être animal ou de l’être végétal, ce n’est pas la mort, mais c’est notre capacité à penser cette abstraction ultime.

L’acquisition de cette conscience de la mort est une étape importante de notre maturation psychologique, de notre croissance. 
Peut-être vous souvenez-vous du jour où vous en avez pris conscience dans votre enfance, avec la mort d’un proche ou la mort d’un animal de compagnie.
A l’âge adulte on finit par intégrer que nous n’échapperons pas à notre finitude.

Cette étape franchie, éprouver un malaise, ou de l’inquiétude ou de l’angoisse face à la mort est donc dans l’ordre des choses.

Et c’est cette capacité-là qui peut tourner parfois à l’obsession, à la phobie.

Ce qui est sûr, c’est que cette perspective nous donne du fil à retordre, d’où ce besoin irrépressible de nous en distraire.
Ce besoin de nous en divertir comme le disait Blaise Pascal au 17ème siècle.
L’extrait hallucinant du livre de la Sagesse, où son auteur évoque la philosophie de vie de l’impie est assez éloquent à ce sujet.
Notre prédation, notre besoin de « profiter de la création » ne date pas d’aujourd’hui et semble loger depuis la nuit des temps dans les recoins de notre cerveau et guide nos modes de vie.

La question que je me pose aujourd’hui est celle de savoir si la foi en la résurrection change notre manière d’appréhender la mort, de l’approcher et le moment venu de l’accueillir.

Autrement dit, la foi en la résurrection nous libère-t-elle de l’angoisse de la mort, de la nôtre et de celle de nos proches ?

En 40ans de ministère, ma vocation de pasteur m’a conduit à accompagner de nombreux mourants :

Des chrétiens convaincus et d’autres moins.
Des paroissiens fidèles et parfois des inconnus.
Des agnostiques et des athées.
Des jeunes et des personnes âgées.

Mes considérations n’ont aucune valeur scientifique, mais je peux affirmer que la foi ne présage rien de la manière dont le croyant va vivre ses derniers instants, des heures décisives.

En ces heures décisives - qu’il nous est impossible de penser et d’anticiper - certains remettront leur esprit entre les mains de Dieu dans un dernier souffle … comme Jésus l’a fait sur la croix.

En ces heures décisives d’autres diront « tout est accompli », comme Jésus l’a dit sur la croix.

Et d’autres encore, en ces heures décisives, se débattront avec leur détresse et leur désarroi en priant « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné », comme Jésus l’a fait sur la croix.

Dieu ne nous commande pas de réussir notre mort.
C’est nous qui souvent nous assignons cette tâche de devoir mourir en pleine confiance, sereinement, paisiblement.
Cette tâche d’une mort idéale, d’une belle et bonne mort est une tâche toxique qui peut nous pourrir la vie.

Et la foi en résurrection dans tout cela ?
Nous aiderait-elle à accueillir la mort ?

Pour répondre à cette question, il faut commencer par essayer de dire ce qu’est la résurrection ?

Et lorsque nous ouvrons le Livre pour y chercher une réponse à cette question, nous avons de quoi être déçus.
Car dans les écritures bibliques, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament, il n’y a pas une manière unique de concevoir la résurrection.
C’est bien embêtant, mais c’est ainsi.

Dans la Bible plusieurs manières de penser la résurrection se côtoient et parfois se contredisent ... on la dit parfois à la fin des temps, parfois avant. 
On la dit individuelle ou collective, on parle de résurrection du corps charnel ou du corps spirituel.

Ce qui est sûr, c’est que contrairement à sa mort en croix, la résurrection de Jésus échappe à l’histoire.
S’il y avait eu une caméra devant le tombeau, elle n’aurait enregistré aucune image.
Ce qui est historique, c’est que des hommes et des femmes ont cru que Jésus, bien que réellement mort crucifié, était à jamais vivant.
Cette conviction est née d’une expérience qui – elle aussi - échappe à l’histoire.

Une expérience qui va ouvrir les yeux des disciples et leur cœur, qui est le lieu de l’intelligence dans la culture hébraïque.

L’expérience de la résurrection va provoquer chez les disciples une puissante révélation, par laquelle ils vont comprendre ce qu’ils n’avaient ni compris, ni soupçonné du vivant de Jésus, à savoir que sa vie, ses gestes, ses paroles, sa mort nous révélaient Dieu comme personne ne l’avait fait jusqu’à lui.

Autrement dit, - au gré de l’expérience de la résurrection - les disciples de tous les temps vont comprendre qu’en regardant Jésus, on voit jusqu’à Dieu.

Sans cette expérience de la résurrection, l’existence même de Jésus aurait disparu des radars de l’histoire, on aurait tout ignoré de sa vie, comme on ignore tout de la vie de nombreux prédicateurs itinérants qui ont cheminé entre Galilée et Judée à la même époque, comme on ignore la vie de nombreux guérisseurs, de nombreux crucifiés à la même époque.

Sur quoi porte-t-elle cette révélation ?
Qu’est-ce qui se dévoile au gré de la résurrection ?

La révélation de la résurrection porte-t-elle sur l’existence d’une vie après la mort ?
Je ne le crois pas, en effet bien des cultures, bien des religions, bien des philosophies avant le judaïsme et le christianisme croyaient en une vie après la mort.
Porte-t-elle sur l’existence du paradis ou de l’enfer ?
Je ne le crois pas, pour les mêmes raisons, bien des cultures et des religions de l’époque croyaient en l’existence d’un paradis et d’un enfer.

La révélation qui naît de l’expérience de la résurrection va porter sur la vie et la personne de Jésus et sur Dieu.
Si l’on considère la vie et la personne de Jésus selon nos critères humains et mondains, c’est-à-dire en nous fiant aux apparences, alors il faut reconnaitre que la vie et la personne de Jésus étaient de peu de poids, de peu d’importance et que son ministère s’apparentait à un échec.
Selon les mots de l’impie, relayés dans le Livre de la Sagesse, la vie de Jésus est de l’ordre d’une faiblesse inutile.

Au soir du Golgotha, le groupe des disciples de Jésus s’effondrait et se disloquait. 
L’expérience de la résurrection s’inscrit dans cet effondrement et va – contre toute attente – relever les disciples terrassés.
Et elle va les convaincre que la mort de Jésus n’avait pas eu le dernier mot sur sa vie et que cette vie apparemment faible et inutile dévoilait Dieu comme jamais encore jusqu’à lui.

L’auteur du livre de la Sagesse rapporte les propos déplorables et sinistres de celui qui, sans foi, ni loi, considérant que la vie était promise à la mort, en déduit qu’elle était absurde, qu’elle n’avait pas de sens et que ce non-sens l’autorisait à maximiser la quête de sa jouissance, et à profiter sans vergogne de la création, des autres et parmi eux des plus vulnérables avec un parfait cynisme.

Confesser la résurrection, c’est tout le contraire.
C’est choisir d’ajuster sa vie à celle du Christ, parce qu’elle vient donne sens à notre vie.

Confesser la résurrection c’est croire que la Parole faite chair continue à parler.
Confesser la résurrection c’est croire que la vie de Jésus continue à nous polliniser.

Alors oui, la foi en la résurrection ne nous promet pas une vie au-delà de la mort, mais elle nous promet de trouver un sens à sa vie.

Croire en la résurrection, c’est pouvoir dire avec Paul : 
« soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur ».

Et se suffire de ces quelques mots qui suffisent à donner sens à notre vie.

C’est là, le viatique suprême avec lequel le chrétien chemine cahin-caha entre naissance et trépas.

Amen

 

SAGESSE  2,5-11  
Le livre de la Sagesse n’apparaît pas dans le canon des bibles protestantes. C’est un texte de type philosophique qui évoque dans l’extrait qui suit – non sans caricature - des philosophies en vogue avant notre ère.
La rédaction de ce livre date du dernier siècle avant Jésus-Christ.
L’extrait que vous allez entendre fait entendre la pensée de l’impie sur la mort et la philosophie de vie qui en découle.


Notre temps de vie ressemble au trajet de l'ombre et notre fin ne peut être ajournée, car elle est scellée et nul ne revient sur ses pas.
Eh bien, allons ! Jouissons des biens présents et profitons de la création comme du temps de la jeunesse, avec ardeur.
Du meilleur vin et de parfum enivrons-nous, ne laissons pas échapper les premières fleurs du printemps.
Couronnons-nous de boutons de roses avant qu'elles ne se fanent.
Qu'aucun de nous ne manque à notre fête provocante, laissons partout des signes de notre liesse, car c'est là notre part, c'est là notre lot.
Opprimons le pauvre, qui pourtant est juste, n'épargnons pas la veuve
et n'ayons pas égard aux cheveux blancs du vieillard.
Mais que pour nous la force soit la norme du droit, car la faiblesse s'avère inutile.

 

ROMAINS 14,6-9
Celui qui tient compte des jours le fait pour le Seigneur ; celui qui mange de tout le fait pour le Seigneur, en effet, il rend grâce à Dieu. Et celui qui ne mange pas de tout le fait pour le Seigneur, et il rend grâce à Dieu. En effet, aucun de nous ne vit pour soi-même et personne ne meurt pour soi-même. Car, si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur : soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. Car c'est pour être Seigneur des morts et des vivants que Christ est mort et qu'il a repris vie.