Prédication du 11 janvier, "Je vous salue Joseph!"

 

 

Je vous salue Joseph !, par Jean-François Ramelet, pasteur

 

Le monde dans lequel Dieu vient, n’est guère 

différent du nôtre.

C’est un monde traversé par des drames et des 

malheurs.

Un monde de brigands et de tyrans.

Un monde de misérables et d’hommes et de femmes 

de bien.

Un monde de très riches et de très pauvres.

Un monde de joies et de pleurs.

De fêtes et de jours de deuil.

De rires et de cris.

 

Hérode est une figure habituelle de ce monde, qui 

est notre monde.

Des Hérodes, des pharaons, il y en a toujours eu, et 

il y en aura toujours.

Hérode est un despote.

Un roi sans foi ni loi, carrément cinglé. 

S'il cherche Jésus, c'est pour le zigouiller, lui faire la 

peau !

Ça fait froid dans le dos.

 

A peine né, la vie de Jésus ne tient déjà qu'à un fil.

 

Le collage que vous avez sous les yeux avait été 

réalisé par François Burland en 2012 pour le 

premier projet de l’hospitalité artistique à Saint-

François.

 

En bas, à droite du collage, Burland y a déposé une 

représentation de la « fuite en Egypte » de Giotto, 

ce peintre qui a révolutionné l’art en occident.

Une fresque visible dans la basilique Saint-François à 

Assise, un chef d’œuvre du trecento.

 

Joseph a le don d’attirer les anges … et avec eux les 

problèmes.

Souvenez-vous quelques versets avant notre 

passage, l’un d’eux lui avait déjà demandé de 

prendre Marie chez Lui.

Et voilà qu’un autre – ou est-ce le même - le charge 

d’une mission périlleuse : « mettre Jésus à l'abri ».

 

Joseph emmène toute la smala en Egypte.

La redoutée terre d'esclavage devient terre d'asile. 

 

Giotto dans sa fresque est minimaliste.

Un âne comme monture, deux serviteurs comme 

protection rapprochée, le dispositif sécuritaire paraît 

bien mince pour mettre à l’abri Jésus.

 

La vulnérabilité c’est le lot de tous les déplacés, de 

tous les réfugiés, Jésus, Marie et Joseph n’y 

échappent pas.

 

Le ciel du collage de Burland est encombré, comme 

un jour de grande affluence à Cointrin.

Des anges y côtoient des superhéros de Comics 

Américains.

Burland mêle insolemment la « pop culture » au 

génie de Giotto.

 

Pour sauver Jésus, Burland déploie les grands 

moyens : 

Venant de nulle part, Captain America surgit et 

fend le ciel, vif comme l'éclair. 

L'effet est spectaculaire.

On ne voit que lui.

Il crève l’écran.

Avec ses muscles hyper protéinés, son corps 

bodybuildé, son visage masqué, son menton d'acier 

et son regard décidé, il en jette !

 

La mise en scène de l'artiste contraste avec 

l'économie de moyens déployés dans le texte 

biblique.

 

Comparé à Flash Gordon ou à Captain America, 

Joseph ne paie pas de mine.

 

Giotto le peint avec un balluchon sur l'épaule, 

Joseph est désarmant et désarmé : même pas un 

bâton pour éloigner les renards du désert.

Quel étrange garde du corps pour protéger Jésus !

 

Peut-être que pour se donner du courage, Joseph, 

récite en chemin le psaume 28, comme nous venons 

de le faire : 

« Le Seigneur est ma force et mon bouclier ».

 

Captain America, lui ne se contente pas de ces 

belles paroles et il passe aux actes, il projette son 

«fameux mega-super-bouclier » pour mettre à 

couvert la caravane.

 

Mes chers, 

Il faut se rendre à l’évidence, pour mettre Jésus à 

l’abri, Dieu n’a pas de Captain America sous la 

main, ni de Spiderman.

 

Pour protéger Jésus, Dieu choisit Joseph, comme il 

avait choisi Marie pour le mettre au monde, et 

comme Jésus choisira des disciples tout ce qu’il y a 

de plus communs pour l’accompagner. 

 

En se faisant homme, Dieu fait avec les moyens du 

bord.

Il trace son histoire en choisissant des gens tout ce 

qu'il y a de plus ordinaires.

Cela aurait pu être vous ou moi.

 

Sans le charpentier, on aurait déjà pu faire une croix 

sur l'enfant.

 

Aussi, je vous salue Joseph !

En relisant le récit de la fuite en Egypte, j’ai repensé

à Etty Hillesum.

Cette jeune femme juive qui écrivit un journal en 

plein cœur de la tourmente de la seconde guerre 

mondiale avant de mourir à Auschwitz.

 

Juive jusqu’à son dernier souffle, elle a toutefois

été profondément habitée, touchée, habitée par la 

figure et la vie de cet autre juif que fut Jésus.

 

Dans un des passages les plus connus, elle écrit au 

cœur des ténèbres et de l’abime : 

 

 

« Un puits très profond est en moi. Et Dieu est 

dans ce puits. Parfois, j’arrive à le rejoindre, 

le plus souvent la pierre et le sable le 

recouvrent : alors Dieu est enterré. Il faut à 

nouveau le déterrer. »

 

Ou encore ces mots qui résonnent avec l’épisode de

Joseph sauvant Jésus :

Elle écrit :

« Je vais t'aider mon Dieu, à ne pas t'éteindre 

en moi, mais je ne puis rien garantir 

d'avance. Une chose cependant m'apparaît 

de plus en plus claire: ce n'est pas toi qui 

peux nous aider, mais nous qui pouvons 

t'aider - et ce faisant nous nous aidons nous-

mêmes. » 

 

Au niveau spirituel.

Au niveau de notre foi, le drame de Crans-Montana, 

est comparable à l’effondrement du glacier du Birch 

qui englouti le village de Blatten le 28 mai dernier.

 

Pour beaucoup, depuis le 1er janvier, Dieu est 

enseveli sous des tonnes de gravats.

 

Quand comprendrons-nous que lorsqu’il se fait 

homme, Dieu ne fait pas semblant.

Il refuse tous les effets spéciaux.

Et ne joue pas la comédie.

L'Évangile, ce n'est ni de la B.D., ni du cinéma.

 

Dieu revêt tout de notre condition humaine.

 

Notre vulnérabilité.

Notre fragilité.

Dieu ne se ménage pas.

Il s’expose à notre merci.

Et consent même à notre finitude.

 

Celui dont on dit qu’il est la Parole faite chair.

Celui dont on dit qu’il est vivant à jamais, l’est grâce 

à tous ceux et celles qui au cours des âges on fait 

mémoire de ses gestes, de ses paroles, de sa mort.

 

Celui dont on dit qu’il est Vivant, l’est grâce à tous 

ceux qui au cours des âges se sont laissé infuser, 

polliniser par sa Parole et qui se sont relayés de 

siècle en siècle pour garder vivant le lien qui nous 

unit au Christ.

 

Celui dont on dit qu’il est Vivant, l’est grâce à tous 

ceux et celles qui – comme Joseph et Etty Hillesum – ont aidé Dieu, à ne pas s'éteindre en eux.

 

A leur suite, n’est-ce pas ce que nous sommes 

appelés à faire, à vivre en ces temps troublés et en 

tous les temps troublés ?

Mettre Dieu à l’abri, autrement dit, ne pas l’oublier.

 

Croire que malgré la mort injuste.

Malgré la mort révoltante.

Malgré les massacres des innocents.

Malgré la bassesse dont l’humain est capable.

Malgré la cupidité consternante qui traverse ce 

monde.

Malgré les guerres.

 

Malgré tout ce qui dans ce monde semble dézinguer 

l’idée même que la vie a un sens.

 

Malgré tout ce qui dans ce monde semble accréditer 

la mort et l’absence de Dieu.

 

Continuer envers et contre tout à parler de Celui 

dont on proclame qu’il est la Parole faite chair.

 

Christ est vivant !

Oui, Christ est vivant tant que nous parlerons de lui 

et tant que nous mettrons nos pas dans les siens.

 

Parler du Christ.

Parler de Dieu.

Rappeler ses gestes simples et humbles.

Faire mémoire de ses paroles de vie, c’est

s’employer à mettre à l’abri Dieu, comme l’a fait 

jadis Joseph.

 

Alors oui, je vous salue Joseph.

 

Et à sa suite, je salue tous ceux et celles qui au cours 

des âges se sont engagés, sans se ménager à 

déterrer Dieu des gravats, des décombres que nous 

laissons, nous humains, trop souvent sur notre 

passage.

Tant de dévastations.

Tant de guerres, tant de morts.

Tant de destructions souvent pour des motifs futiles, 

des égos surdimensionnés.

 

Croyant à l’amour plus fort que la mort, ils se sont 

relayés pour maintenir Dieu en vie, coûte que coûte 

jusqu’à aujourd’hui.

 

Je vous salue Joseph.

Comme je vous salue vous toutes et tous, anonymes 

qui gardez la foi et la mettez en pratique en toute circonstance,

vous qui veillez à ce que Dieu ne s’éteigne pas en ce 

monde pour que rayonne sa lumière dans nos obscurités.

Pour que se partage son amour plus fort que la 

haine et l’indifférence.

Pour que l’on continue à espérer sa paix dans nos 

conflits.       

Amen

 

PRIERE
Dieu,

Tu n’es pas un Dieu qui se protège, mais un Dieu, qui par une nuit étoilée, es entré dans l’arène du monde.

En te faisant homme tu t’es exposé, à la vie comme à la mort.

Tu t’es livré à notre merci, à notre bienveillance comme à notre dureté.

À notre solidarité comme à notre indifférence.

Tu t’es fait l’un d’entre nous, étranger et voyageur sur la terre, mobilisé par un amour sans limite pour l’humain, le monde et le Vivant.

Louange à toi, Amen

 

EXODE 3,7-10

Le SEIGNEUR dit : « J'ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l'ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel, vers le lieu du Cananéen, du Hittite, de l'Amorite, du Perizzite, du Hivvite et du Jébusite. Et maintenant, puisque le cri des fils d'Israël est venu jusqu'à moi, puisque j'ai vu le poids que les Egyptiens font peser sur eux, va, maintenant ; je t'envoie vers le Pharaon, fais sortir d'Egypte mon peuple, les fils d'Israël. »


MATTHIEU 2,13-15

Après leur départ, voici que l'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Egypte ; restes-y jusqu'à nouvel ordre, car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr. » Joseph se leva, prit avec lui l'enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte. Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, pour que s'accomplisse ce qu'avait dit le Seigneur par le prophète : D'Egypte, j'ai appelé mon fils.