Prédication du 10 mai, "Du sacrifice au désir ardent"

 

« Du sacrifice au désir ardent » par Line Dépraz, pasteure

 

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » nous dit Jésus.

 

Et moi, je vous demande : De quel amour Jésus vous aime-t-il ?

Comment le décririez-vous, cet amour ? Avec quels mots, quelles images, quelles sensations ?

Et puis, comment donnez-vous une consistance à ce “comme“ : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Pour le dire autrement, que faites-vous vis-à-vis des autres, de l’amour que vous ressentez pour vous, de la part de Jésus ou de Dieu ?

 

Ces questions, elles me sont venues à l’esprit, lorsque j’ai commencé à réfléchir à ce culte.

 

De quel amour Jésus m’aime-t-il ?

 

La question a l’air toute simple. Et pourtant, je sèche sur la réponse.

 

Et plus je réfléchis, parce que je n’ai pas encore lâché l’affaire. Plus je réfléchis, plus j’ai cette désagréable impression que toute réponse sera toujours en-deçà de la réalité.

Que je ne trouverai pas les mots justes. Que les mots que je bredouillerai ne sauront pas refléter ce que je ressens au plus profond de moi.

 

Et me voilà renvoyée des années en arrière, quand mes enfants, petits, me disaient : « Maman, tu m’aimes comment ? »

 

Déjà, je butais sur cette difficulté à mettre les bons mots sur une évidence : mon amour énormissime pour eux trois.

 

Trouver les justes mots pour dire l’amour, c’est un défi !

Et Jésus n’est pas le plus aidant dans cet exercice. Parce que de fait, il n’a pas tenu de longs discours fleuves sur la question. L’amour, il l’a vécu et partagé, bien plus qu’il n’en a parlé.

 

Cela dit, « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », il l’a probablement dit et ce qui me frappe, avec ce commandement, c’est le moment où il est énoncé.

 

Ce n’était pas un dimanche de fête des mères, c’est certain.

 

Ce commandement, il apparaît dans ce que l’on appelle les discours d’adieu de Jésus qui, sur le chemin de Jérusalem, prépare ses disciples, ses proches, à sa Passion, et donc à leur séparation.

 

C’est peut-être pour cela que ces mots sont souvent repris à l’occasion d’un deuil. Ils résonnent comme une sorte de testament. Ils disent l’espérance que ce qui subsistera du défunt, de la défunte, c’est l’amour manifesté, partagé, et non pas les inévitables querelles qui ponctuent toute vie.

 

Cela dit, il y a une différence de taille. Lorsque l’on entend ces mots aujourd’hui, on a une vision de l’amour qui n’est pas celle de Jésus.

 

L’amour, de nos jours, c’est un sentiment. Une inclination du cœur. 

 

Ce qui ne colle pas avec l’idée d’en faire un commandement. On ne choisit pas ses sentiments, vous le savez aussi bien que moi.

 

Mais dans la bible, l’amour n’est que rarement un sentiment. C’est, la plupart du temps, un devoir. D’où le fait que le verbe aimer se conjugue à l’impératif. Ou à un indicatif qui fleure l’impératif : « Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force…Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

 

Et là Jésus, sans faire de grands discours, nous donne quelques pistes pour en saisir l’essence en nous précisant qu’il s’agit d’« aimer Dieu (puis son prochain, puis soi-même) de tout son cœur, de tout son être, de toute sa force. » En d’autres termes, il s’agit d’aimer avec la totalité de ce qui nous façonne.

 

  • Avec notre cœur.

    Dans la pensée hébraïque (celle de Jésus), le cœur c’est le siège de la raison. Aimer Dieu avec sa raison. Dans la même ligne, certains écrits du Nouveau testament ordonnent d’aimer Dieu avec son intelligence, donc avec sa capacité de raisonner. Ce n’est pas un amour aveugle (qui lui, résulte d’un sentiment).

     

  • Aimer Dieu avec notre être.

    Le mot hébreu qui est traduit par « être »  נֶפֶשׁ, c’est parfois le siège des émotions, voire de la passion. Ce qui modère ce que je viens de dire.

    Mais dans les Écritures, c’est essentiellement un élan, quelque chose de non maîtrisable, qui s’empare de nous et qui nous fait tendre vers ce qui a un caractère absolu.

     

     נֶפֶש, l’être, c’est la posture par excellence de l’humain qui se tient face à Dieu et qui attend sa parole, pour ensuite s’efforcer de la mettre en pratique.

     

  • Et puis, la force, aimer avec notre force, c’est le potentiel de chacun, de chacune. C’est tout ce dont je suis capable, physiquement, mentalement, psychiquement.

 

C’est ainsi qu’il convient d’aimer Dieu, son prochain et soi-même. Avec son cœur, son être, sa force. Avec sa raison, sa quête d’absolu, son énergie. Et lorsque nous sommes capables d’un tel amour, alors Jésus ne nous appelle plus “serviteurs“ mais “amis“.

 

C’est beau…

 

Jésus ajoute encore cette phrase : « Nul n'a d'amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu'il aime. »

 

Ces mots, je le rappelais en début de culte, ont souvent été lus dans une compréhension sacrificielle ; mourir pour les autres ; pourquoi pas ?

 

Mais pour moi, c’est difficile de s’engouffrer dans une telle lecture. Parce que “mourir pour les autres“ ne dispensera jamais personne d’avoir, un jour, à mourir. Il faudrait donc éclaircir ce que cela peut vouloir dire.

 

À cause de ce malaise, je suis retournée au texte original.

Et en fait, cette traduction « Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. » ne rend qu’à moitié hommage au texte.

 

Littéralement, il faudrait lire « Nul n’a d’amour plus grand que de placer son âme au-dessus de ceux qu’il aime. »

 

Placer son âme au-dessus de ceux, de celles, que l’on aime. Vous me direz que ce n’est pas complètement limpide, je vous l’accorde.

 

Le mot grec utilisé dans l’évangile, et traduit en français par âme, c’est ψυχή, la psyché. Et ce mot, je vous le donne en mille est la traduction du mot hébreu qu’on a lu dans le Deutéronome נֶפֶשׁ. Aimer Dieu de tout son être.

 

Donc notre âme, notre être, qui est à placer au-dessus de celles et ceux que nous aimons, c’est cet élan, ce quelque chose de non-maîtrisable, qui s’empare de nous au plus profond et qui nous fait tendre vers ce qui a un caractère absolu. 

 

C’est cette posture de l’humain qui se tient face à Dieu et qui attend sa parole, pour s’efforcer ensuite de la mettre en pratique.

 

Il n’y a pas de plus grand amour que cela.

 

Ce désir d’une vie en plénitude, dans une verticalité ancrée au sol.

 

Ce désir d’une vie en plénitude ouverte horizontalement et qui fait qu’on cherche à la susciter et à la déployer auprès de nos prochains.

 

Pas d’idée de sacrifice dans ces mots ainsi compris. Mais un désir ardent de vivre et de faire vivre.

Non pas mourir pour les autres, mais les éveiller à la vie. 

 

Et je crois que cet éveil à la vie décrit assez bien l’amour de Jésus pour moi comme mon amour pour mes enfants.

 

 

 

Lecture du livre du Deutéronome 6 : 1 à 5

Voici le commandement, les lois et les coutumes que le SEIGNEUR votre Dieu a ordonné de vous apprendre à mettre en pratique dans le pays où vous allez passer pour en prendre possession, afin que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu, toi, ton fils et ton petit-fils, en gardant tous les jours de ta vie toutes ses lois et ses commandements que je te donne, pour que tes jours se prolongent. Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à les mettre en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l'a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel.

ÉCOUTE, Israël ! Le SEIGNEUR notre Dieu est le SEIGNEUR UN. Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force.

 

 

Lecture de l’évangile de Jean 15 : 12 à 17

Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n'a d'amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu'il aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur reste dans l'ignorance de ce que fait son maître ; je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu auprès de mon Père, je vous l'ai fait connaître. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure : si bien que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera. Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.