Et si la confiance était au commencement de tout…, par Timothée Reymond, pasteur
« Perdre pied », se sentir déstabilisé et dépassé par une situation, parfois même jusqu’à sombrer… voilà des mots qui pourraient bien s’appliquer à l’apôtre Pierre.
Sans doute connaissons-nous ces moments où « perdre pied » arrive dans notre vie, dans celles des autres, ou dans le cours du monde ?
Pierre va perdre pied, alors que Jésus lui-même marche sur les eaux… Que dire, si ce n’est s’interroger devant un tel signe ?
Dans la tradition biblique, les eaux ont une signification particulière, puisqu’elles représentent les forces du mal et de la mort, (là où résident les monstres marins). Marcher sur les eaux, c’est donc une manière de dire que l’on domine les forces de malheur, c’est l’annonce même de la résurrection à venir. Oui, Jésus domine les forces du mal et de la mort.
Et en invitant Pierre à le suivre, Jésus l’invite à participer à cette marche par-dessus la mort et le mal.
Nous voyons Pierre s’avancer, il marche lui aussi sur les eaux, mais en prenant conscience du vent qui souffle, il doute de la possibilité d’aller jusqu’au bout, il prend peur et s’enfonce. Tandis qu’il faisait confiance à la Parole du Christ, le doute et la peur le font couler.
Les manquements de Pierre sont très instructifs pour nous. Lorsque Jésus invite Pierre à le suivre sur les eaux agitées, le vent souffle déjà, mais Pierre ne s’en effraie pas. Ou plutôt, confiant dans la Parole et l’exemple de Jésus, il sort de la barque et marche sur les eaux. Tant qu’il demeure dans cette disposition d’esprit, il avance, mais dès qu’il prend en considération les forces contraires, il prend peur, et il coule. Et Jésus doit le saisir par la main pour le sauver de la noyade.
Il en est de même pour chacun·e de nous, et pour l’Église en général, dans notre cheminement de confiance sur cette terre. Nous sommes ballottés par les vents contraires, par le mal et par la mort. Et dans le même temps, Jésus nous invite inlassablement à marcher à suite, tournés vers la Vie plus forte que la mort, la Vie qui vient de Dieu. Par sa résurrection et par le don de l’Esprit Saint, Jésus se découvre à nos yeux comme celui qui un chemin, même dans les moments les plus sombres.
Cependant, dans notre vie et dans le monde, les vents contraires continuent de souffler, et la mer est toujours agitée…
Avoir foi en Jésus, entendre sa Parole, se mettre en marche à sa suite, suppose de choisir la confiance en Dieu, au-delà des eaux agitées et des vents contraires qui peuvent secouer notre cœur ; c’est faire confiance à son invitation à participer dès ici-bas à sa résurrection, à sa Vie et à son Amour plus forts que tout mal et que toute mort.
Les éléments contraires à la vie et au bonheur peuvent nous effrayer, nous impressionner. À nous de tout déposer dans le Christ, à nous de lui demander la Paix qui nous est déjà donnée. À nous de nous laisser envahir par force de l’Esprit qui nous fait tenir malgré tout. Dieu nous veut heureux, vivants, et « debout » dans notre cœur.
Et cette Vie qui vient de Dieu ne s’impose pas avec fracas sur ses puissances du mal et de la mort.
Prenez Elie, il a reconnu le Seigneur ni dans le feu, ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, mais dans un Souffle de Silence.
La présence de Dieu est une présence délicate et humble, qui ne s’impose pas avec force. Une présence comparable à un homme seul et apparemment fragile sur une mer agitée: Jésus marchant sur les eaux. Et dans cet homme Jésus, c’est la plénitude de la divinité qui réside, et rien ne peut l’engloutir.
La délicatesse de Dieu dans sa présence à nos côtés n’est pas un signe de sa faiblesse. C’est sa manière d’être et d’agir, dans le monde comme dans nos cœurs, pour respecter sa création tout entière et notre liberté.
La puissance de Dieu se déploie alors dans une faiblesse apparente, dans une vulnérabilité remplie d’Amour, c’est là la seule force du Dieu de la Vie.
Jésus marche sur les eaux, il connaît la puissance de vie qui l’habite, mais il laisse la mer et le vent se déchaîner, car, au final, ils ne peuvent rien contre lui.
Le disciple pour marcher sur les eaux ne doit pas attendre la fin de la tempête... Il ne doit pas non plus se laisser envahir par la peur, ni douter de la capacité de Jésus à nous faire tenir debout.
En faisant confiance au Christ, en s’appuyant sur lui, nous pouvons dès à présent avancer et choisir à la Vie à tout moment.
Jésus le ressuscité est notre seule espérance.
C’est un signe apparemment faible face à tous les vents contraires, aux mers agitées, mais depuis deux mille ans, la résurrection du Christ nourrit une profonde espérance, anime une fête au cœur de l’humain qui cherche Dieu et qui aime. Seule la Résurrection – que nous fêtons chaque dimanche (chaque samedi soir) – seule la résurrection nous donne de choisir la confiance.
Et si la confiance était au commencement de tout…
En chacun, chacune de nous, le meilleur se construit au travers d’une confiance toute simple… même un enfant y parvient.