Prédication du 5 juillet, Liberté chérie, vraiment?

Liberté chérie, vraiment ?, par Line Dépraz

 

Si on lit les mots de Paul un peu trop vite, alors on risque de se donner bonne conscience un peu trop vite.

 

Parce qu’à l’entendre parler du joug de l’esclavage et de la circoncision, on pourrait légitimement penser que ses propos ne nous concernent pas.

 

Si la Suisse tente aujourd’hui de relire son histoire, c’est pour prendre conscience de son implication dans le commerce triangulaire. Avec des financiers, des commerçants, des mercenaires qui n’étaient pas du côté des personnes en quête de libération. Quant à la circoncision, elle n’a pour nous rien de religieux. C’est un acte médical qui répond à une nécessité physique.

 

Donc les préoccupations de Paul peuvent paraître très éloignées des nôtres.

 

Et pourtant, il y a une réalité qui doit nous interpeller. C’est le fait que les habitants de la Galatie auxquels Paul s’adresse sont, pour la grande majorité, des païens convertis au christianisme. Et non pas des Juifs convertis.

C’est dire que la circoncision ne fait pas non plus partie de leurs rites ou de leurs habitudes. Et, de ce fait, nous ne pouvons pas réduire les paroles de Paul à un discours contre le seul légalisme des pharisiens.

 

Si Paul choisit néanmoins cet exemple de la circoncision pour parler à des païens convertis, c’est probablement parce qu’il est compréhensible de tous. Mais c’est surtout, je crois, parce qu’il est symptomatique d’un mal plus profond qui touche sa société. Et là encore, sa réalité nous rejoint : Le mal qui blesse sa société, c’est la tentation de fonctionner sur un mode de domination et d’asservissement plutôt que de libération, de délivrance, d’affranchissement.

 

Or, ce mal plus profond, qui se traduit dans des actes quotidiens, va à l’encontre de tout ce que Jésus a vécu et prêché. Lui qui a passé son temps à porter de l’attention à celles ou ceux qui étaient méprisés. À relever les personnes qu’on abandonnait au bord des chemins. À guérir des malades. À souligner la dignité des plus petits. À regarder et à aimer celles et ceux qu’il rencontrait.

 

Ce mal plus profond va aussi à l’encontre de l’expérience spirituelle que Saul, devenu Paul, a lui-même vécu dans son corps, dans sa tête, dans son cœur. Lui qui, malgré lui, a été libéré de son identité de persécuteur pour devenir un témoin du Christ.

 

Paul le sait. Il y a des manières d’être libres, de se croire libres, qui n’en sont pas.

 

Il y a des sociétés qui, au-delà des slogans prometteurs qu’elles mettent en avant n’en sont pas moins liberticides.

 

Cela se vérifie à chaque fois que l’état prime sur l’individu. À chaque fois qu’on joue la liberté de l’un contre celle des autres.

 

Paul parle de la société.

Mais c’est pareil pour toute institution dès lors qu’elle place sa survie, la survie de ses structures, au-dessus des intérêts des humains qu’elle est supposée servir.

 

Dans un monde comme le nôtre qui tend à se polariser, c’est d’autant plus frappant que les termes des multiples équations du vivre-ensemble sont pensés de manière exclusive et non cumulative. C’est « ou bien ou bien ».

 

Or, la vie, c’est souvent « et… et… ». Ce n’est pas ma liberté contre la vôtre, les vôtres, qui est en jeu dans notre société. Ce sont nos libertés conjointes.

Vous et moi. / Toi et elle. / Eux et nous.

 

Alors, quelle est cette liberté acquise en Christ pour laquelle il convient de lutter coûte que coûte afin de ne pas retomber sous le joug de l’asservissement ?

 

Pas si simple que cela de répondre, quand on pense que Jésus n’a quasi jamais utilisé le mot liberté ou l’adjectif libre. C’est un langage paulinien.

 

Mais, dans l’évangile de Jean, cette promesse : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. »

 

On commence par noter que la liberté, ce n’est pas faire ce que je veux quand je le veux. La liberté, c’est demeurer dans la parole du Christ.

 

Et l’essentiel de sa parole nous dit-il par ailleurs se résume à 2 commandements : : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. » « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

 

Jésus ne renie pas ses origines. Pour lui, la liberté s’inscrit aussi dans l’observance de la loi.

 

Mais passer de 613 commandements à 2, c’est un vrai saut.

 

Avec notre recul, on pourrait oublier que ce changement de paradigme, pour les contemporains de Jésus et la génération qui suit, ne va pas de soi. Du tout.

 

L’évangile de Jean est celui qui a été écrit le plus tardivement. Aux alentours des années 90-100. Mais les suiveurs du Christ sont encore tiraillés entre cette « nouvelle théologie », si je peux m’exprimer ainsi, et la doctrine officielle des synagogues pharisiennes de la diaspora pour lesquelles le peuple des Hébreux a été libéré du joug égyptien par Moïse, homme de Dieu, qui a ensuite reçu la loi permettant et régulant, le vivre-ensemble.

 

Le pas supplémentaire de Jésus, ou peut-être son pas de côté sur cette question spécifique de la libération, de la liberté, consiste à établir une nouvelle filiation qui ne passe pas par la lignée quasi génétique dont nous sommes issus, le peuple, mais qui se donne dans l’amour d’un Dieu Père vis-à-vis de chacune et chacun.

 

Dire que la liberté se donne désormais dans l’amour de Dieu, c’est reconnaître qu’elle se vit dans une relation.

 

Et la relation avec Dieu, c’est comme la relation entre deux personnes. Un lien que l’on maintient avec des hauts et des bas.

 

C’est donc une liberté dont on ne peut pas supposer qu’elle est acquise une fois pour toutes.

 

Elle se redécouvre, chaque jour dans ce lien à Dieu et à autrui. L’un ne va pas sans l’autre.

 

Cette liberté se mesure quotidiennement aux choix éthiques que nous faisons.

Il y a les choix qui nous rapprochent de la parole du Christ. Et ceux qui nous en éloignent, qui nous en séparent. Ce que Paul appelle le « péché ». « Être séparé de Dieu ». 

 

À chaque fois qu’il l’a pu, Jésus a cassé les fils de la dépendance. Il a encouragé les hommes, les femmes et même les enfants à penser par eux-mêmes, à agir en pleine conscience, à ne pas tant chercher à entrer dans un moule qu’à explorer les possibles.

 

Ce n’était pas pour faire éclater le système. C’était pour que chacun ait sa juste place. Et que le système, on pourrait dire la société, l’institution, l’association ou autre, se nourrisse du meilleur de chacun et de chacune.

 

Je crois que c’est ce meilleur de chacune et de chacune, qui rejaillit sur toutes et tous, qu’il nous faut sans cesse rechercher lorsque nous en appelons à la liberté.

 

Pour le dire avec les mots de Georges Haldas : 

 

« On n’est libre que lorsque c’est l’autre qui parle à travers nous ». 

 

Jésus aurait pu le dire. Paul aussi. Comme tant d’autres témoins après eux : « On n’est libre que lorsque c’est l’autre qui parle à travers nous ».

 

Amen

 

Lecture de Jean 8 : 31 à 32

Jésus donc dit à ces Juifs qui avaient cru en lui : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. »

 

Lecture de Galates 5 : 1 à 6

C'est pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l'esclavage. Moi, Paul, je vous le dis : si vous vous faites circoncire, Christ ne vous servira plus de rien. Et j'atteste encore une fois à tout homme qui se fait circoncire, qu'il est tenu de pratiquer la loi intégralement. Vous avez rompu avec Christ, si vous placez votre justice dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce. Quant à nous, c'est par l'Esprit, en vertu de la foi, que nous attendons fermement que se réalise ce que la justification nous fait espérer. Car, pour celui qui est en Jésus Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision ne sont efficaces, mais la foi agissant par l'amour.