Prédication du 20 septembre, "L'intimité de la foi"

 « L’intimité de la foi », par Line Dépraz, pasteure

 

« Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre (…) Pour toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret… »

 

Quand je lis ces mots, qui donnent à voir un jeûne lumineux et non pas compassé, je ne peux pas m’empêcher de penser à Isabelle qui nous a accueillis ce matin avec le sourire et la chaleur qu’on lui connaît.

 

Je ne sais pas si Isabelle jeûne aujourd’hui. Mais je sais qu’avec son mari et divers groupes, elle pratique régulièrement le jeûne. Dans ces moments, je ne l’ai jamais vue sombre ni avancer ou pédaler au ralenti. Encore moins se vanter de ce qu’elle réalisait (car pour moi, ne pas manger pendant 7 jours, serait un exploit que j’aurais de la peine à taire). Rien de tout cela chez Isabelle. Pas moyen de remarquer par soi-même si elle est en train de jeûner ou pas.

 

Elle est donc parfaitement alignée avec ce que Jésus préconise. « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre (…) Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage. »

 

Avant de revenir sur les raisons qui poussent Jésus à s’exprimer ainsi, je me permets quelques rappels plus généraux sur le jeûne dans la tradition biblique.

 

Puisque cette journée de Jeûne fédéral, qui est officiellement un « jour d’action de grâces, de pénitence et de prière », trouve son ancrage dans la bible.

 

Où le jeûne est présenté comme une abstinence totale ou partielle de nourriture et de boisson, parfois aussi de relations sexuelles.

 

Il fait partie de ce qu’on appelle les rites de pénitence et de deuil qui sont pratiqués à l’occasion de moments de grands malheurs durant lesquels on se replace devant Dieu avec humilité, en espérant son secours.

 

À l’origine, on connaissait un seul jour de jeûne fixe dans l’année, c’était ce qu’on appelait le jour des Expiations, Yom Kippour, célébré ce week-end dans le judaïsme.

 

Et puis, à la suite de l’exil à Babylone au 6ème siècle avant notre ère, 4 jours de jeûne ont été institués en mémoire des malheurs de la nation. On découvre ensuite, à travers d’autres récits bibliques, que des jours de jeûne pouvaient être décrétés dans des situations critiques, au niveau national ou local, par exemple une grande sécheresse et le besoin de pluie sur les terres.

 

Le jeûne, comme tout rite, est parfaitement codifié dans la bible.

 

Ce à quoi Jésus assiste à son époque et qu’il dénonce, c’est le fait que pour certains, ceux qu’il appelle les hypocrites, le jeûne ne sert plus tant à une forme d’introspection devant Dieu, qu’à un étalage de sa pratique religieuse devant les autres. Une manière de se valoriser. Une sorte de m’as-tu-vu pour montrer de quelle manière on excelle dans la pratique de la religion.

 

Jésus n’aurait pas pu le dire avec ces mots. Mais ce qu’il rappelle ici, en fait, c’est le caractère intime de la foi.

 

Vous vous en souvenez sans doute, la foi vient d’un mot latin, fides, qui veut dire « la confiance ».

 

Or Jésus, tout au long de son ministère, insiste pour que la foi qui est, à ses yeux, notre relation à Dieu dans un jeu de confiance bien plus qu’un petit paquet de dogmes auquel adhérer sans poser de questions. Jésus insiste, tout au long de son ministère, pour que notre relation de confiance à Dieu se joue dans l’intimité de notre rencontre avec lui autant, si ce n’est plus, que dans la stricte observance des rites.

 

On pourrait dire que Jésus encourage, en toutes circonstances, notre cœur à cœur avec Dieu.

 

En disant cela, je saute à pieds joints sur un des grands malentendus au sujet du rôle potentiel de la religion, chez nous, en ce 21ème siècle.

 

Au prétexte que la foi ou que la pratique de la religion est de l’ordre de l’intime, du cœur à cœur, beaucoup de personnes estiment que les Églises n’ont pas à intervenir dans les questions de société qui, de fait, relèvent de la sphère publique.

 

Et c’est là où le récit du texte d’Ésaïe, qui date peut-être de 2500 voire 3000 ans est super intéressant, et demeure d’une actualité incroyable.

 

Le contexte du passage que nous avons réentendu est relativement simple. Il révèle une perversion du jeûne un peu différente de celle soulignée par Jésus.

 

Les gens du peuple questionnent les rites qu’ils pratiquent parce qu’ils ont l’impression qu’ils ne servent à rien. Que Dieu n’en a cure. Que Dieu ne les regarde pas. Qu’il ne les entend ni ne les exauce. Alors, à quoi bon ?

 

La perversion, ici, n’est pas de se faire bien voir par son voisin. Elle consiste à penser qu’une pratique religieuse dûment accomplie fait de Dieu notre débiteur. « J’ai accompli tous les rites correctement, à toi de montrer ta bonne volonté de préférence en m’exauçant. »

 

Par la bouche du prophète, la réponse de Dieu claque. Et dans ce contexte du jeûne, elle nous rappelle 2 vérités fondamentales.

 

  • Les biens de ce monde ne sont pas illimités.

  • Il n’y a pas de jeûne sans justice.

 

Les biens de ce monde ne sont pas illimités.

 

Tout nous est donné par Dieu. Tout vient de lui. Certains croyants disent volontiers que Dieu sait mieux que nous-mêmes, ce dont nous avons besoin. On peut avoir des expériences différentes de Dieu sur cette notion de recevoir ce dont nous avons besoin. Je connais des démunis qui ont de la peine à s’y retrouver.

 

Mais ce qui est sûr, c’est que nos biens matériels, ceux dont nous usons et parfois abusons, la création elle-même, n’est pas sans limite.

 

Je ne fais pas partie de celles et ceux qui ont connu ou qui connaissent la faim.

 

Le jeûne me rappelle que manger, manger à sa faim, ne va pas de soi. Et que donc, je me dois d’être reconnaissante à Dieu pour ce qu’il me donne.

 

C’est bien dans ce sens que cette journée, dans son intitulé même, est d’abord une journée d’action de grâces. 

 

Il n’y a pas de jeûne sans justice, sans justice sociale. C’est ce que réclame le prophète.

 

Je reprends ici ses mots dans une traduction un peu plus fluide que celle la TOB que nous avons entendue.

C’est les versets 3b et 4 : « Jeûner ne vous empêche pas de saisir une bonne affaire, ni de malmener vos employés. Quand vous jeûnez, vous vous querellez, vous vous disputez et vous donnez des coups de poing ! Quand vous jeûnez ainsi, votre prière ne parvient pas jusqu'à moi. »

 

Le prophète, ou Dieu par la bouche du prophète, fustige la pratique d’un rite, comme expression de la religion, qui ne conduit pas à un changement profond de la personne.

 

Le rite du jeûne, et ça vaut pour n’importe quel rite, ne peut pas être une pratique mécanique. Un truc qu’on fait par habitude, par devoir. Il requiert toute notre attention, tout notre être. Et il a un impact sur notre comportement.

 

En d’autres termes, et dit de manière un peu provocante, on ne peut pas être croyants, sans être pratiquants. 

 

On ne peut pas se réclamer de Dieu, chercher à se rapprocher de lui et simultanément faire du mal à notre prochain.

 

Il y a là une incohérence, voire une incompatibilité.

 

Le jeûne que Dieu préfère, c’est dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, mettre en pièces tous les jougs !

C’est partager son pain avec l'affamé.

Héberger les sans-abri, habiller les nus et ne pas se dérober devant les siens.

 

Le jeûne auquel Dieu nous invite va au-delà de la question de l’alimentation.

Il nous fait entrer de plain-pied dans le régime de la grâce.

 

Il nous délivre, ou vise à nous délivrer, de notre égocentrisme, de ce qui nous rétrécit ou nous emprisonne pour nous ouvrir au service et au partage.

 

Vous avez le programme.

Alors bon jeûne fédéral !

 

 

Lecture d’Esaïe 58 : 1 à 10

1Appelle à plein gosier, ne te ménage pas, comme la trompette, enfle ta voix, annonce à mon peuple ses révoltes, à la maison de Jacob ses fautes.

2C'est moi que jour après jour ils consultent, c'est à connaître mes chemins qu'ils mettent leur plaisir, comme une nation qui a pratiqué la justice et n'a pas abandonné le droit de son Dieu.

Ils exigent de moi des jugements selon la justice, ils mettent leur plaisir dans la proximité de Dieu :

3« Que nous sert de jeûner, si tu ne le vois pas, de nous humilier, si tu ne le sais pas ? »

Or, le jour de votre jeûne, vous savez tomber sur une bonne affaire, et tous vos gens de peine, vous les brutalisez !

4Or vous jeûnez tout en cherchant querelle et dispute et en frappant du poing méchamment !

Vous ne jeûnez pas comme il convient en un jour où vous voulez faire entendre là-haut votre voix.

5Doit-il être comme cela, le jeûne que je préfère, le jour où l'homme s'humilie ?

S'agit-il de courber la tête comme un jonc, d'étaler en litière sac et cendre ?

Est-ce pour cela que tu proclames un jeûne, un jour en faveur auprès du SEIGNEUR ?

6Le jeûne que je préfère, n'est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs !

7N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé ?

Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras,

si tu vois quelqu'un nu, tu le couvriras : devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas.

8Alors ta lumière poindra comme l'aurore, et ton rétablissement s'opérera très vite.

Ta justice marchera devant toi et la gloire du SEIGNEUR sera ton arrière-garde.

9Alors tu appelleras et le SEIGNEUR répondra, tu héleras et il dira : « Me voici ! » Si tu élimines de chez toi le joug, le doigt accusateur, la parole malfaisante, 10si tu cèdes à l'affamé ta propre bouchée et si tu rassasies le gosier de l'humilié, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme un midi.

 

 

Lecture de Matthieu 6 : 16 à 18

16« Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu'ils jeûnent. En vérité, je vous le déclare : ils ont reçu leur récompense. 17Pour toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, 18pour ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais seulement à ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.