Prédication du 17 mai, "Je ne vous laisserai pas!"

 

Je ne vous laisserai pas !, par Line Dépraz, pasteure

 

Ils sont étranges, ces dix jours entre l’Ascension et Pentecôte.

 

D’un côté, Christ a définitivement quitté ses amis. Ils ne se reverront plus. C’est acté.

Et d’un autre côté, et bien l’Esprit de Dieu ne s’est pas encore emparé d’eux, il ne les a pas enthousiasmés. Littéralement, il n’a pas déposé, en chacun d’eux, une trace de Dieu. C’est le sens du mot “enthousiasme“ : “avoir Dieu en soi“.

 

C’est dire que les disciples vivent à nouveau un temps d’absence comme ce fameux Samedi Saint.

Jour du grand silence après le chahut d’un procès truqué.

Jour de mutisme succédant au tapage de la foule réclamant haut et fort la mise à mort de Jésus.

 

Mais ce en quoi ces dix jours-là se distinguent du Samedi Saint, c’est dans l’état d’esprit qui anime les amis de Jésus.

 

Au lendemain de la croix, ils étaient tétanisés par la douleur, la peur, l’incompréhension.

Ils se savaient menacés.

Ils se sentaient démunis.

Leurs repères avaient volé en éclat. Et tous les espoirs placés en Jésus semblaient avoir été réduits à néant d’un seul coup.

Un samedi triste, sombre, abyssal.

 

Aujourd’hui, malgré l’absence et peut-être aussi le silence, les disciples ont le cœur léger et ils sont portés par la bénédiction du Christ.

 

Souvenez-vous de sa dernière apparition, mentionnée par l’évangéliste Luc, qui se passe à l’Ascension : « il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Or, comme il les bénissait, il se sépara d'eux et fut emporté au ciel. »

 

Le Christ n’est plus là. Cette réalité ne change pas.

Mais il n’a pas fui ses amis.

Il ne les a pas abandonnés.

Il ne les a pas quittés en leur tournant le dos.

 

L’adieu a eu lieu dans un face-à-face. Il a été ponctué par une bénédiction.

Et ça, ça change tout !

 

Cet adieu-là, ainsi vécu, donne une chance aux mots prononcés par Jésus peu avant sa Passion de résonner encore, et de résonner pleinement : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. »

 

Ces mots n’auraient eu aucun sens si l’histoire s’était terminée à Vendredi Saint.

La découverte du tombeau vide n’aurait pas permis, à elle seule, de leur donner tout leur relief.

 

Il a fallu des apparitions, des retrouvailles, une bonne dose de pédagogie et une séparation sereine pour les rendre audibles : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. »

 

Ils sont forts, ces mots.

On est orphelin de ses parents ou de l’un de ses parents.

 

Et chez nous, c’est un terme que l’on réserve presqu’exclusivement à un enfant ou à un jeune qui vit la tragédie d’un deuil parental. On ne l’utilise pas, ou peu, pour évoquer un adulte dont les parents décèdent.

 

En choisissant ce terme, Jésus prévient ses disciples que la séparation va être terriblement douloureuse. Qu’ils vont se sentir comme un enfant face à la disparition tragique de son père ou de sa mère.

 

Mais, dans le même temps, il les rassure : je ne vous laisserai pas dans ce ressenti d’orphelins.

 

Jésus sait que la séparation est inéluctable.

Il sait aussi qu’elle n’est pas un abandon.

Il promet une présence au-delà de l’absence.

En fait, Jésus dévoile le Christ…

 

… Il est des manières d’être présent qui se jouent au-delà d’une présence physique clairement identifiable et identifiée.

 

À côté de cette affirmation forte, source d’une incroyable espérance, il y a dans les paroles de Jésus deux autres éléments que je trouve particulièrement touchants. En tout cas qui, pour moi, font sens.

 

C’est tout d’abord le petit nom donné à l’Esprit, le Paraclet.

Et puis c’est le fait que l’Esprit n’est pas à discerner uniquement dans le monde, quelque part autour des apôtres, mais aussi en eux.

 

« Le Père vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. C'est lui l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. »

 

Le Paraclet, ce petit nom de l’Esprit, on le traduit habituellement par “défenseur“, “avocat“, “intercesseur“, “consolateur“.

 

Le Paraclet est, par excellence, celui qui soutient, en toutes circonstances, y compris et peut-être même surtout lorsque l’adversité atteint son paroxysme ou que la douleur paraît impossible à atténuer.

 

Le Paraclet se mobilise tout près de nous, tout contre nous.

 

Quand tout semble perdu, sa force de consolation apporte à la fois soutien et douceur, force et tendresse. Si on peut s’en souvenir dans les moments où on en a besoin, c’est précieux.

 

Et puis, cette force consolatrice, Jésus précise qu’elle vient se nicher au cœur même des disciples.

 

Le Christ peut donc bien s’en aller. Par l’Esprit, il demeure vivant dans le cœur de celles et ceux qui l’aiment. Loin des yeux, droit dans le cœur… contrairement à ce que dit l’adage moderne.

 

Si on a aujourd’hui l’habitude d’évoquer la présence de Dieu en nous, les mots de Jésus tranchent avec certaines spiritualités et marquent une véritable coupure d’avec le monde. D’où cette précision : le monde est incapable d'accueillir {le Paraclet} parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas.

 

Si tant d’hommes et de femmes le cherchent vainement et n’arrivent pas à le percevoir, ce qui leur permet de crier à l’inexistence de Dieu, c’est parce que le monde, aujourd’hui comme hier, est aveuglé par les apparences et subjugué par le matérialisme. Il ne croit que ce qu’il voit. Il a, pour une large part, perdu la perception de l’invisible.

 

Notez que c’est un danger qui guette non seulement le monde, mais aussi les chrétiens. Pensez au besoin de certains d’avoir une preuve tangible. De voir les marques des clous dans les poignets et les flancs du ressuscité. De posséder le saint suaire.

 

Le christianisme n’est pas une religion matérialiste. Heureusement.

 

C’est dans le vide du tombeau que nous sommes invités à trouver notre élan.

 

C’est au plus profond de nous-mêmes que Dieu laisse sa trace lui qui, comme tout poète, n’a pas à laisser de preuves derrière lui, seulement des traces.

 

Ces jours si étranges entre l’Ascension et Pentecôte renvoient donc pour une part au Samedi Saint. Au vide, à l’absence.

 

Mais un vide et une absence qui témoignent de l’incroyable confiance de Jésus vis-à-vis de ses disciples. Il les rend capables d’affronter l’absence et il ne doute aucunement qu’ils sauront l’affronter.

 

Depuis l’Ascension, Christ peut, par la seule force de son amour, traverser toutes les frontières pour venir jusqu’à nous.

 

Absent physiquement, il nourrit l’espoir qu’il existe des hommes et des femmes prêts à le reconnaître, à décrypter son langage, à percevoir son invisible présence.

 

Depuis l’Ascension et dans l’attente de Pentecôte, nous sommes toutes et tous appelés à devenir des êtres entre terre et ciel.

 

Non pas des orphelins, perdus et déstabilisés.

Mais des fils et des filles du Père, solidement enracinés sur notre coin de terre et nous étirant en quête d’infini.

 

Dans ce sens, le temps vide entre l’Ascension et Pentecôte est peut-être un temps qui nous est offert pour creuser en nous le désir qui permettra de ne rater aucun signe de la présence du Ressuscité à la porte de notre cœur.

 

Amen

 

Lecture du livre de Josué 1 : 1à 2 + 5 à 7

Il arriva qu'après la mort de Moïse, le serviteur du SEIGNEUR, le SEIGNEUR dit à l'auxiliaire de Moïse, Josué, fils de Noun : « Moïse, mon serviteur, est mort ; maintenant donc, lève-toi, passe le Jourdain que voici, toi et tout ce peuple, vers le pays que je leur donne – aux fils d'Israël…

… Personne ne pourra tenir devant toi tous les jours de ta vie. Comme j'étais avec Moïse, je serai avec toi ; je ne te délaisserai pas, je ne t'abandonnerai pas. Sois fort et courageux, car c'est toi qui donneras comme patrimoine à ce peuple le pays que j'ai juré à leurs pères de leur donner. Oui, sois fort et très courageux ; veille à agir selon toute la Loi que t'a prescrite Moïse, mon serviteur. Ne t'en écarte ni à droite ni à gauche afin de réussir partout où tu iras.

 

Lecture de l’évangile de Jean 14 : 15 à 19

« Si vous m'aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ; moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. C'est lui l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous. Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; vous, vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi.