Prédication du 11 octobre, "Le fil d'or de sa présence"

« Le fil d'or de sa présence », par Line Dépraz. pasteure

 

Il est quand même paradoxal, le Christ… Alors qu’il s’apprête à quitter ses disciples, cette fois-ci pour de bon, il n’y aura plus d’apparition, le voilà qui leur dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. »

Je n’en connais pas beaucoup qui se risqueraient à ce genre de promesse à l’occasion d’un discours d’adieu. Je suis d’ailleurs prête à parier avec qui veut, que le 9 décembre prochain, Parmelin ne se hasardera pas sur cette voie. Ce sera plutôt « servir, puis disparaître », selon la formule.

Mais pas pour Jésus-Christ.

Et Dieu sait pourtant de quelle manière il a incarné le service, sa vie durant.

Pensez à son attention portée aux autres, tout particulièrement à celles et ceux que l’on ne voulait pas côtoyer, que l’on cherchait à invisibiliser.

Ou au soin qu’il accordait aux plus défavorisés, à celles et ceux dont on avait l’impression qu’ils n’étaient dignes de rien et qui donc ne méritaient rien.

Ou encore à la parole offerte à celles et ceux que l’on voulait faire taire. « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

La présence de Jésus auprès d’autrui a été d’une constance remarquable tout au long de son ministère.

Le Christ ne s’éloignera pas de cette ligne. D’où ses propos : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. »

Et ce n’est pas une promesse à la Mary Poppins. Vous savez, une de ces promesses “sur le sable“ comme elle les dénonçait. C’est-à-dire une promesse vite faite et tout aussi vite oubliée, dès que passe la première vague.

« Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. » n’est pas une promesse à la Mary Poppins. J’ose le dire parce qu’elle ne date ni du discours d’adieu, ni de la résurrection, ni même de l’ascension de Jésus, mais de sa naissance déjà. Jésus, Emmanuel, dont la traduction signifie précisément “Dieu-avec-nous“. Bien d’autres que lui l’ont éprouvée.

 

Il s’en est pourtant fallu de peu.

À peine est-il né, et voilà que la vie de Jésus ne tient qu’à un fil.

Ce tout-petit fait peur au puissant roi Hérode qui ordonne le massacre de tous les enfants mâles de moins de deux ans. On croit marcher sur la tête.

Un exil plus tard, Jésus est de retour d’Égypte avec ses parents. Il va leur en faire voir de toutes les couleurs, comme n’importe quel gamin, même si les Écritures n’en parlent guère. Juste sa fugue à 12 ans. Mais on peut imaginer…

Et puis, adulte, débute son ministère de présence. “Dieu-avec-nous“ envers et contre tout.

« Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. » Cette promesse, en fait, ne débute pas avec la naissance de Jésus, même s’il l’incarne de manière particulière. Elle transparaît déjà dans les mots des grands prophètes.

J’en reviens à Ésaïe que j’ai cité lors du baptême de Louisa : 

« Mais maintenant, ainsi parle le SEIGNEUR qui t'a créé, Jacob, qui t'a formé, Israël :

Ne crains pas, car je t'ai racheté,

je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi.

Si tu passes à travers les eaux, je serai avec toi,

à travers les fleuves, ils ne te submergeront pas.

Si tu marches au milieu du feu, tu ne seras pas brûlé,

et la flamme ne te calcinera plus en plein milieu,

car moi, le SEIGNEUR, je suis ton Dieu,

le Saint d'Israël, ton Sauveur. »

Ces mots mettent en évidence que “Dieu-avec-nous“… n’est pas la promesse d’une vie qui s’écoulerait comme un long fleuve tranquille.

Qui en voudrait ?

“Dieu-avec-nous“, c’est la promesse d’une vie, avec ses hauts et ses bas, ses moments de joie et de peine, ses espérances et ses désespoirs, ses élans et ses coups de gueule. Une vie qui ressemble aux nôtres en fait, mais qui se distingue dès l’instant où elle est habitée par Dieu.

Dieu qui, vous me l’avez entendu dire plus d’une fois, ne s’attache pas à nous éviter les coups tordus de la vie, mais s’engage à les traverser avec nous.

Et c’est peut-être pour cela qu’on connaît des moments de doute, des moments où on se sent terriblement seul. Parce que la vie avec Dieu n’est pas un rêve éveillé.

Il y a des eaux à passer, des fleuves à traverser, du feu et des flammes à affronter. Dieu ne nous y abandonne pas. Il est avec nous dans ces moments, dans ces épreuves.

Cela dit, ne me comprenez pas mal. En disant cela, je ne cherche pas à minimiser la douleur de celles et ceux qui se sentent abandonnés par Dieu. Qui ont l’impression de naviguer seuls dans des eaux tumultueuses. C’est un sentiment que j’ai connu. Probablement comme vous toutes et tous.

Mais je sais aussi que la douleur, le désespoir, le sentiment d’être abandonné de tous, y compris par Dieu peuvent naître non de Dieu lui-même, mais du décalage entre sa manière d’être et d’agir au monde et celle que je voudrais qu’il adopte.

En d’autres termes, on a beau savoir qu’il n’est pas un grand marionnettiste et s’en réjouir la plupart du temps parce que nous aimons notre liberté, il y a des moments où ça nous arrangerait bien qu’il endosse le rôle. Et que sa magie enchante nos vies en nous épargnant toute noirceur.

Dieu ne se chauffe pas de ce bois-là. La croix nous le rappelle. Mais le récit de la création déjà aussi.

Dans l’imagerie biblique, l’homme est tiré de la glaise, de l’humus (mot de la même famille qu’humain). Cela nous donne deux caractéristiques très différentes, a priori contradictoires.

Notre malléabilité, comme toute terre. Qui permet à Dieu de nous remplir de son souffle de vie.

Mais, quand on est desséché, une forme de raideur nous fragilise et peut aller jusqu’à nous briser.

Dieu sait tout cela. Notre malléabilité et notre raideur. Jamais, il ne lui viendrait à l’idée de nous mettre au rebut. Audiard l’avait pressenti : « Heureux les fêlés car ils laissent paraître la lumière ».

Fêlé, fêlée, nous le sommes, chacune et chacun.

Je crois que le Créateur a suffisamment de poudre d’or en réserve pour rabibocher les fêlures de nos vies.

On en garde la trace comme autant de cicatrices qui rappellent des moments difficiles, délicats, de nos vies. Mais, pensez à la pratique japonaise du kintsugi, cet art de réparer les poteries ou porcelaines brisées au moyen de laque saupoudrée d'or, les résultats sont bluffants. Tant qu’à être rafistolés ou rabibochés, autant que ce soit par Dieu.

S’il nous a créés à son image, alors je crois que notre capacité à nous relever est infinie.

Le plus bel hommage que nous puissions lui rendre, c’est de le laisser se mêler à nos vies, travailler notre malléabilité, nous enthousiasmer, puis en témoigner.

Ce faisant, comme Louisa l’a fait ce matin, nous rejoignons la si longue chaîne de ses témoins. Cette si longue chaîne de témoins qui a, plus que jamais, besoin de nous pour humaniser le monde !

 

 

Lecture de Matthieu 28 : 16 à 20

16Les onze disciples se rendirent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. 17Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais ils eurent des doutes. 18Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. 19Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, 20leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. »

 

 

Lecture de Romains 8 : 31 à 35 + 38 à 39

31Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? 32Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout ? 33Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie ! 34Qui condamnera ? Jésus Christ est mort, bien plus il est ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède pour nous ! 35Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ?

38Oui, j'en ai l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Autorités, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, 39ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur.